Bien avant de devenir une station touristique de charme, Les Houches était un village de montagne, perdu au milieu de l’immensité du massif du Mont-Blanc.

Les glaciers aménagent le paysage

Voici 25 000 ans, le froid (entre 6 et 8°C de moins qu’aujourd’hui) favorise l’accumulation des précipitations neigeuses et donc le développement de glaciers.
Alors, tous les glaciers du massif du Mont-Blanc se réunissent pour former le grand glacier de l’Arve qui remplit totalement sa vallée jusqu’à Genève.
Imaginer le paysage des Houches à cette époque demande un gros effort : la vallée disparaît totalement ; seule l’Aiguillette des Houches (2285 m) et ses neiges éternelles émergent de cet immense plateau glaciaire.

L’installation des hommes

Depuis 20 000 ans, à la faveur du réchauffement climatique, le glacier recule lentement.
Il stagne aux Houches vers – 14 000 ans. Le front du glacier atteint la plaine des Chavants ; la langue terminale agonise dans les gorges de l’Arve. C’est pendant cette période que l’écoulement de la glace et des eaux sous glaciaires inscrivent les formes d’érosion visibles aux Chavants. Les chasseurs nomades ne s’aventurent pas encore dans ces contrées austères.

Vers – 5000, les cols s’ouvrent, la vallée se dégage peu à peu des glaces. Des groupes nomades s’adaptent à la montagne et, apprennent à y vivre. Les celto-ligures s’installent définitivement en montagne, à proximité des sources, des cols. Ils assument leur rôle de portiers des Alpes. Le contrôle qu’ils ont acquis sur les passages et l’harmonie par laquelle ils font corps avec la montagne est pour eux la garantie d’une autonomie qui perdurera durant des siècles. Les Ceutrons défrichent des terres pour les rendre cultivables, d’où le nom celtique des Houches, Olca, signifiant ‘‘terre défrichée’’. Grâce aux propices prairies alpestres, d’agriculteurs, ils deviennent éleveurs. Le substrat humain qui peuplera le village est en place.

Une civilisation de la vache

Les Houches - Combats des Reines

Photo : M. Colonel

Jusqu’à la volonté d’indépendance paroissiale en 1734 et à l’établissement d’un centre religieux et administratif autour de l’église Saint Jean-Baptiste, le destin des agropasteurs est lié au Prieuré de Chamonix. Ils vivent sur les coteaux ensoleillés des Chavants, de l’Essert et de la Griaz. Dans cette société agro-pastorale, autonome, l’homme et l’animal cohabitent intensément. La vie quotidienne repose sur cet équilibre juste et simple où toute chose a son utilité. Les paysans éleveurs façonnent le paysage en ouvrant la forêt et en abaissant la limite supérieure du boisement.

Dans cet espace pastoral considérablement agrandi, la vie des hommes et des bêtes obéit aux déplacements saisonniers des troupeaux qui nécessitent au moins trois niveaux d’habitat (l’habitat permanent, le mointtieu, première étape vers les pâturages d’altitude, la ferme d’alpage).
Les coteaux portent les marques d’une agriculture vivrière pratiquée autour des maisons. Les plus grandes surfaces sont réservées aux prés de fauche, le foin étant indispensable à la nourriture du troupeau pendant l’hivernage. Les membres de la famille se partagent entre les travaux d’en bas (fenaison, jardinage) et ceux d’en haut (traite des vaches, fabrication de produits laitiers).

L’hiver enfin profitable

La condition paysanne reste pourtant très dure. En hiver, les Houchards émigrent vers les grandes villes pour échapper à la misère, au surpeuplement, aux épidémies. De saisonnière, elle devient souvent définitive lorsque les habitants sont mis à l’écart de la toute nouvelle économie touristique. Le terrifiant Chemin des Montées, traverse effectivement le village, mais la coutume n’est pas de s’y attarder. En 1860, au vue des difficultés rencontrées par Napoléon III lors de la visite de sa nouvelle province, la construction de la nouvelle route est décidée. Elle facilite l’accès à la haute vallée de l’Arve, mais contourne le village.
La construction d’une ligne de chemin de fer reliant le Fayet à Chamonix est un bouleversement décisif pour l’essor touristique. Décidée en 1893, la nouvelle liaison ferrée dessert les Houches à partir de juillet 1901.
L’accès facilité, l’engouement naissant pour les sports d’hiver, la construction d’infrastructures destinées à accueillir les vacanciers vont ouvrir les voies du tourisme hivernal.
Partout où les vaches paissent, le ski est possible. Aux Houches, les terrains d’alpage descendent en pente douce jusqu’aux portes des maisons.

C’est ainsi qu’ils sont reconvertis en pistes lorsque, d’utilitaire, le ski devient une source de plaisir. En 1936, le plateau de Bellevue se dote d’un téléphérique de genre va-et-vient au départ du hameau des Trabets.
Le téléski du Tourchet au centre du village est  installé dans les années 50. Il est rénové en 1964 puis en 1984 et fait encore aujourd’hui la joie des débutants. La télécabine du Prarion (THP) est inaugurée en 1971, puis rénovée en 2006.

Résolument tournée vers l’avenir, la station village des Houches connaît aujourd’hui une belle embellie. Respectueuse de son passé agropastoral, la vogue de l’agritourisme y a tout naturellement trouvé sa place. Consciente des enjeux écologiques, de nombreux travaux sont menés dans la réserve de Carlaveyron pour gérer les tourbières et préserver les gypaètes et autres espèces emblématiques des Alpes. Forte de ses expériences, le village est associé à l’aventure olympique de Sochi 2014, dans le cadre des accords de coopération décentralisée signés avec Krasnaya Polyana (station qui accueillera les épreuves de skis).

Gageons que ce village n’a pas fini de nous étonner !