A l’approche du 8 mai, commémorant la victoire 1945, Denise François se souvient de la prise d’otages au café Saint Antoine le 16 juin 1944. Elle raconte :

Nous aussi, nous y étions !

 Le 16 juin 1944, à la demande de la maman de Roger, d’aller chercher du bois à la scierie du Grand-Père à Saint-Antoine, nous décidons,  Michel et Claude, ses copains, avec sa petite sœur Simone, de l’accompagner, avec la charrette.

En route, nous rencontrons Berthe DEVOUASSOUX qui nous recommande « ne sortez pas ce soir ».

Nous lui promettons de ne pas trainer. Par prudence, elle prend Simone pour remonter au village du Pont.

Malgré notre promesse, avant de charger la charrette, nous jouons autour de la scierie comme trois enfants innocents.

Tout à coup, nous entendons des coups de feux venant du carrefour. Pas très fiers, nous nous cachons vers les billons, puis essayons de regagner les maisons voisines pour y trouver un abri.

Malheureusement, ces dernières sont closes et nous revenons à la scierie.

Passe alors un Allemand qui se dirige vers Chamonix, le casque et le fusil à la main, sans doute un rescapé de l’embuscade par les maquisards à la Fontaine.

Peu après arrive un camion chargé d’ennemis qui entrent dans le café Saint-Antoine où ils prennent six otages.

A 10 ans, on est inconscient du danger et on est curieux !

Nous profitons des fentes dans la cloison, pour regarder ce qui se passe à l’extérieur.

De notre observatoire, nous voyons les otages (dont fait partie le papa de Roger) couchés à plat ventre, torse-nu, dans la rue, braqués par les Allemands.

Devant ce spectacle, Claude nous déclare « on a plus qu’à prier ». Roger ému, avait vu son Grand-Père prier.

Le Grand-Père très inquiet, nous ordonne d’aller nous cacher sous l’établi, dans un petit appentis accoté à la scierie, tandis que trois adultes descendaient au rez-de-chaussée. 

Peu après, le camion démarre avec à bord les otages, s’arrête devant la scierie, les Allemands l’encerclent, lancent une grenade à l’intérieur. Toujours cachés dans l’appentis, nous sommes recouverts de poussière !

Les trois adultes, François et Raymond BOCHATAY (Le Grand-Père et l’oncle de Roger) ainsi qu’un ouvrier de la scierie, se rendent. Heureusement, le Grand-Père déclare : « Il n’y a que des enfants ! » et nous sommes épargnés.

Cela n’empêche pas Claude de se faire beaucoup de soucis pour son papa, qui en rentrant du travail n’arriverait pas à fuir en courant à cause de son handicap.

Par la suite, nous apprendrons que la patrouille allemande, que nous avions vu partir avec les otages pour le Kommandantur à CHAMONIX, avait auparavant, dans le café, tué le comte Robert  DE VILETTES (un ancien prisonnier de guerre, réfugié aux HOUCHES) et blessé grièvement Abel BOCHATAY qui tentait de s’évader par la fenêtre.

Le 17 juin, Mme Aimée SIMOND, la tenancière du bar et le Maire  M. Uzer PAYOT, iront plaider leur cause et obtiendront leur libération.

Les trois gamins que nous étions, inconscients de la gravité de ce que nous vivions, peuvent dire maintenant que ces soldats n’étaient peut-être pas les pires, car ils auraient fort bien pu mettre le feu à la scierie et tuer les otages.

 

Roger BOCHATAY, Michel CHOUPIN et Claude TRAPPIER